Éditorial de La Tribune des Travailleurs n° 418 du 6 décembre 2023


Forger l’unité contre le gouvernement des prédateurs

Par Daniel Gluckstein


L’un affecte des postures de voyou, l’autre fait figure de premier de la classe. Mais Darmanin comme Attal sont des prédateurs. Au service de Macron, ils s’attaquent aux libertés et à la démocratie pour l’un, à l’école pour l’autre. Les annonces faites par Attal ce 5 décembre visent (nous y reviendrons dans nos prochains numéros) à briser le cadre national des diplômes et des programmes. Les enfants de pauvres auraient désormais accès à un enseignement appauvri ; les autres, éventuellement, bénéficieraient de programmes plus fournis…

L’école ? Un drame s’y déroule en ce moment même. Des centaines de milliers d’élèves en situation de handicap ne bénéficient pas des soins, des structures, des personnels spécialisés dont ils ont besoin. Situation intenable pour ces enfants privés des moyens de progresser en dépit de leur handicap. Situation intolérable pour leurs enseignants souvent empêchés de mener à bien leur mission. Situation insupportable pour les familles.

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Éditorial de La tribune des Travailleurs n° 417 du 29 novembre 2023

Une autre voie

Par Daniel Gluckstein

Il flotte sur ce pays une odeur nauséabonde. Il y a d’abord eu le meurtre du jeune Thomas à Crépol, victime de l’un de ces incidents de plus en plus violents qui émaillent le quotidien d’une société qui se décompose. Puis s’est engagée la campagne d’une certaine presse se délectant de pouvoir étaler les prénoms à consonance étrangère de plusieurs des agresseurs présumés. Est arrivée ensuite la tentative de ratonnade : quatre-vingts énergumènes plus nazis les uns que les autres se donnant rendez-vous via les réseaux sociaux à Romans-sur-Isère (où la police les attendait) afin d’y organiser leur défilé raciste, menaçant, provocateur. S’ensuivirent des interpellations, puis des condamnations immédiates à de la prison ferme.

Darmanin peut plastronner : il a rétabli l’ordre. Dans la foulée, il annonce la dissolution de trois groupuscules d’extrême droite dont la « Division Martel », référence explicite à celui qui est entré dans l’histoire pour avoir, paraît-il, repoussé les Maures à Poitiers.

Fin du premier acte, mais c’est là que tout commence…

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Éditorial de La Tribune des Travailleurs n° 416 du 22 novembre 2023

« La précarité augmente, la faim progresse »…

Par Daniel Gluckstein

En ce mois de novembre, les Restos du Cœur lancent leur campagne annuelle. Mais cette année, 150 000 personnes éligibles aux dons s’entendront « dire non »… faute de moyens. Car ils sont de plus en plus nombreux à frapper à la porte de l’association, explique son président, Patrice Douret : de plus en plus nombreux – « les retraités, les familles monoparentales, les personnes seules et surtout beaucoup d’enfants » – ceux « qui, du jour au lendemain, basculent, qui ont un logement, un emploi, qui pensaient être à l’abri de cette chute, cette précarité qui leur tombe dessus à cause de l’inflation et de la crise énergétique ».

Pour Patrice Douret, un cap est en train d’être franchi : dans une France qui s’appauvrit,« la précarité augmente, la faim progresse (…), on a des familles qui font le choix entre se nourrir et se chauffer, se loger, se déplacer ». Pourtant, après l’appel lancé en septembre dernier, l’État a donné un peu d’argent, les particuliers aussi, parfois des entreprises… Mais cela ne suffira pas, tant est grand « le nombre de personnes inscrites pour cette campagne ».

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Éditorial de La Tribune des Travailleurs n°415 du 15 novembre 2023

Le pompier pyromane habite place Beauvau

Par Daniel Gluckstein

L’antisémitisme est une question grave. Le combattre exige d’agir sérieusement, loin des manipulations, gesticulations, postures et autres instrumentalisations.

L’antisémitisme s’est déchaîné tout au long de l’histoire sous des formes diverses depuis la mise à l’écart des juifs du reste de la société, le refus de leur reconnaître l’égalité des droits jusqu’aux persécutions les plus violentes et même leur anéantissement par millions comme le firent les nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale.

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Éditorial de La Tribune des Travailleurs n° 414 du mercredi 8 novembre 202

À vous, manifestante inconnue…

Par Daniel Gluckstein


Vous êtes venue ce 4 novembre place de la République à Paris, drapeau palestinien à la main, déterminée à crier votre colère contre le massacre à Gaza. La manifestation n’avait pas démarré que votre attention a été attirée par un mot d’ordre : « Juifs et Arabes, tous unis dans une seule Palestine laïque et démocratique. » Vous vous êtes arrêtée et, avec le groupe d’amies qui vous accompagnait, vous avez repris ce mot d’ordre à pleins poumons. Comme nombre de manifestants, vous étiez venue dire non seulement votre révolte contre le sort réservé au peuple palestinien mais aussi votre indignation contre ceux qui, en France, Macron et Darmanin en tête, voudraient profiter de la situation pour pousser à des affrontements « communautaires » et à des divisions entre travailleurs.

Des dizaines de milliers étaient venus ce 4 novembre dire d’une seule voix : « Vous ne nous diviserez pas. La question palestinienne n’est pas une question de religion, c’est le choc entre le système d’exploitation et la barbarie capitalistes et les aspirations légitimes d’un peuple qui veut ses droits. » Car tout le monde sait que, sans Biden, Netanyahou ne pourrait pas poursuivre ce massacre. Et qui est donc Biden sinon le représentant des capitalistes et des multinationales ?

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Éditorial de La Tribune des Travailleurs n° 412 du 25 octobre 2023


« Humanitaire » ?

Par Daniel Gluckstein


« L’aide humanitaire » s’est limitée à trois convois, une cinquantaine de camions. Cinquante camions en quinze jours là où il en faudrait, selon l’ONU, au moins mille cinq cents, à raison de cent par jour ! 

Cinquante camions en quinze jours pour plus de deux millions d’habitants : un chiffre d’autant plus dérisoire que l’armée israélienne interdit l’entrée des carburants. Or, « sans carburant, il n’y aura pas d’eau, pas d’hôpitaux ni de boulangeries en état de fonctionner. Sans carburant, il n’y aura pas d’assistance humanitaire », déclare le chef de l’agence des Nations unies chargée des réfugiés.

Biden et Macron affichent des préoccupations « humanitaires » : en vérité, ils sont venus en Israël appuyer Netanyahou. Tout juste Biden lui a-t-il demandé de retarder un peu l’invasion terrestre le temps de négocier le retour des otages et de « se préparer aux attaques contre les intérêts américains dans la région » (The New York Times). Quant à Macron, il a carrément proposé une alliance militaire permettant à la France et aux autres puissances impérialistes de prendre part à la « guerre contre le Hamas ».

Rien d’humanitaire dans ces démarches.

Pendant ce temps… le massacre se poursuit à Gaza.

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Editorial de La Tribune des Travailleurs n° 411 du 18 octobre 2023

Empêcher la deuxième Nakba*

Par Daniel Gluckstein

À l’heure où ces lignes sont rédigées, les médias annoncent comme imminente l’intervention militaire israélienne à Gaza. Pure hypocrisie : l’intervention a déjà commencé, provoquant en une semaine plus de 3 000 morts, principalement civiles (particulièrement des enfants), l’exode de près d’un million d’habitants dans des conditions effroyables, la destruction de milliers d’habitations. Le siège de Gaza a déjà des conséquences incalculables sur l’état sanitaire, physique et psychologique d’une population privée de tout. Seule incertitude : quand la deuxième phase de l’intervention commencera, combien de milliers de vies supplémentaires détruites ? Que restera-t-il de Gaza ?

Il est remarquable que la perspective de ce génocide annoncé émeuve assez peu les grands de ce monde. Certes, un couloir humanitaire est envisagé pour essayer de faire parvenir un peu d’alimentation à la population ; certes, Biden se rend en Israël pour, selon la presse, essayer de calmer les ardeurs meurtrières de Netanyahou. Les uns et les autres sont motivés par des préoccupations d’ordre « stratégique » : accompagner l’offensive militaire de Netanyahou, mais en évitant un embrasement généralisé qui leur échapperait.

Quant au sort du peuple palestinien, qui s’en soucie ?

On objectera que le Hamas, le 7 octobre, a tué 1 400 Israéliens, en majorité des civils. C’est vrai. Nous l’avons écrit, nous le répétons : nous avons autant de raisons de pleurer le jeune civil israélien fauché par le Hamas le 7 octobre que l’enfant palestinien écrasé sous les bombes à Gaza. Mais en quoi le fait d’ajouter des milliers ou des dizaines de milliers de victimes supplémentaires à cette addition morbide rapprochera-t-il de la paix ? En rien. Bien au contraire.

Ce qui a commencé ces derniers jours à Gaza porte un nom : c’est la deuxième Nakba. La première Nakba, en 1948, a jeté sur les routes de l’exil 800 000 Palestiniens qui n’ont jamais pu revenir dans leur foyer. Aujourd’hui, en 2023, un million de Palestiniens, pour la plupart issus des familles chassées par la première Nakba et refugiés à Gaza parce que toutes les autres portes leur ont été fermées, ont pris la route de l’exode.

Depuis soixante-quinze ans, le refus de reconnaître l’existence d’un peuple palestinien et de ses droits a nourri toutes les étapes sanglantes de ce que la presse appelle « le conflit israélo-palestinien ». Sur un plan historique, le massacre du 7 octobre 2023 est une conséquence différée de la Nakba de 1948. C’est là un fait objectif. Le constater ne signifie pas justifier ces événements ni approuver la politique du Hamas.

D’où découle une interrogation : quelles nouvelles tragédies sanglantes préparerait une deuxième Nakba en 2023 ?

De cela, Netanyahou n’a cure. La logique de l’extrême droite sioniste est d’aller toujours plus loin : si elle pouvait se débarrasser définitivement du peuple palestinien, elle n’hésiterait pas. Mais le peuple palestinien existe. Il a le droit de vivre à l’égal de tous les peuples de la région.

Tous, juifs ou arabes, devraient pouvoir vivre dans une société à l’abri des massacres, des expulsions arbitraires et des discriminations, dans un État qui reconnaisse les droits égaux de tous sans distinction.

Pour cela, il faut arrêter le bras meurtrier de Netanyahou, imposer l’arrêt des bombardements et la levée du blocus. L’intérêt commun de tous les habitants de la région, juifs et arabes, est d’empêcher la nouvelle Nakba.

* Nakba : « la catastrophe » en arabe, terme par lequel les Palestiniens désignent leur expulsion en 1948.

Éditorial de La Tribune des Travailleurs n° 410 du 11 octobre 2023

L’urgence du moment

Par Daniel Gluckstein


Heure après heure, les médias revoient à la hausse le nombre des victimes civiles, particulièrement des jeunes et des enfants, qui ont perdu la vie depuis le 7 octobre, côté israélien et côté palestinien. Un bilan appelé, hélas, à s’aggraver dans les prochains jours si, comme cela est annoncé, Gaza est écrasée sous un tapis de bombes, confrontée à une intervention militaire terrestre et sa population affamée du fait de l’impitoyable blocus décidé par Netanyahou. Encore faudrait-il ajouter les milliers d’enfants tués par l’armée israélienne durant les dernières décennies.
Aucun démocrate, aucun humaniste ne peut rester impassible devant la mort d’un seul enfant innocent, quel qu’il soit, juif ou arabe. Mais invoquer cette émotion légitime et partagée ne suffit pas à ouvrir le chemin d’une solution.
En répondant à l’attaque du Hamas par un déluge de fer et de feu contre deux millions de Palestiniens pris au piège d’une prison à ciel ouvert, Netanyahou ne fait que poursuivre ce qu’il fait depuis des années : nier l’existence d’un peuple palestinien qui revendique les droits légitimes auxquels aspirent tous les peuples.

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Editorial de La Tribune des Travailleurs n° 409 du 04 octobre 2023

Un calme automnal ?

Par Daniel Gluckstein

Faut-il prendre au sérieux la menace d’une « bombe sociale » sur le point d’éclater ? La question est posée par Madame Cécile Cornudet, éditorialiste au journal capitaliste Les Échos, qui s’interroge sur cette menace qui « fait peur (…) car le souvenir est frais des secousses des derniers mois : “gilets jaunes”, réforme des retraites, émeutes de juin. La terre politique et sociale a tremblé, elle le pourra donc encore. »

Madame Cornudet se veut rassurante : « Si l’on regarde de près, rarement automne n’aura été aussi peu “chaud” que celui-ci, du point de vue social s’entend. » Pas lieu de s’inquiéter, donc ? Pas si simple : « Il serait faux bien sûr d’en conclure que tout va bien. Les Français ne parlent que du prix des courses. »

Qu’en conclure : « bombe sociale » ou pas ? Réponse : « Réelle ou fantasmée, qu’importe, la bombe est dans les esprits. »

Réelle ou fantasmée ? Ce n’est tout de même pas la même chose ! Ou bien la « bombe sociale » est un fantasme, et alors pourquoi nos capitalistes devraient-ils s’en préoccuper ? Ou bien les composants de cette « bombe sociale » sont en train de s’assembler dans la vie réelle, et là, c’est autre chose.

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Éditorial de La Tribune des Travailleurs n° 408 du 27 septembre 2023

Une histoire américaine ? Pas que…

C’est l’histoire de travailleurs qui n’en peuvent plus : « Nous travaillons dix à douze heures par jour et nous sommes épuisés », dit l’une. « Je ne connais personne qui arrive à boucler ses fins de mois », dit l’autre, en larmes.

C’est l’histoire de travailleurs qui se sont mis en grève : « Le patron s’est augmenté de 40 %, alors on veut 40 %, nous aussi. On se bat pour notre classe », explique l’un d’eux. Qui ajoute : « Nous ne demandons pas grand-chose… seulement la justice. »

C’est l’histoire de travailleurs qui ont fait appel à leur syndicat. Et le syndicat a répondu à leur appel en organisant la grève.

C’est l’histoire de travailleurs à qui on a expliqué qu’en raison de la « transition énergétique »ils devraient accepter des sacrifices. Et qui ont répondu en inscrivant parmi leursrevendications l’exigence suivante : même si les conditions de production sont bouleversées du fait de cette « transition », les nouvelles entreprises de la branche devraient garantir les mêmes droits que ceux obtenus jusque-là.

Cette histoire, c’est celle de la lutte de classe. Plus précisément de la lutte de masse en cours aux États-Unis à laquelle La Tribune des travailleurs consacre l’ouverture de ce numéro. Mais cette histoire n’est pas spécifiquement américaine. Elle pourrait, à peu de chose près,être française ou chinoise, allemande ou nigériane. La lutte de classe est internationale.

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