Éditorial de La Tribune des Travailleurs n° 416 du 22 novembre 2023

« La précarité augmente, la faim progresse »…

Par Daniel Gluckstein

En ce mois de novembre, les Restos du Cœur lancent leur campagne annuelle. Mais cette année, 150 000 personnes éligibles aux dons s’entendront « dire non »… faute de moyens. Car ils sont de plus en plus nombreux à frapper à la porte de l’association, explique son président, Patrice Douret : de plus en plus nombreux – « les retraités, les familles monoparentales, les personnes seules et surtout beaucoup d’enfants » – ceux « qui, du jour au lendemain, basculent, qui ont un logement, un emploi, qui pensaient être à l’abri de cette chute, cette précarité qui leur tombe dessus à cause de l’inflation et de la crise énergétique ».

Pour Patrice Douret, un cap est en train d’être franchi : dans une France qui s’appauvrit,« la précarité augmente, la faim progresse (…), on a des familles qui font le choix entre se nourrir et se chauffer, se loger, se déplacer ». Pourtant, après l’appel lancé en septembre dernier, l’État a donné un peu d’argent, les particuliers aussi, parfois des entreprises… Mais cela ne suffira pas, tant est grand « le nombre de personnes inscrites pour cette campagne ».

Le constat est implacable. Peut-on en rester là ? Les Restos du Cœur ont été lancés en 1985. La France, à l’époque, était dirigée par un gouvernement de gauche. Elle a depuis connu toutes sortes de combinaisons gouvernementales, de droite, de gauche, de cohabitation droite-gauche, y compris le gouvernement de la « gauche plurielle » dirigé par Lionel Jospin.

Près de quarante ans se sont écoulés depuis le lancement des Restos du Cœur. Et on assiste aujourd’hui à un effondrement social comme personne à l’époque n’aurait pu l’imaginer.

Car durant ces près de quarante ans, des milliers de milliards d’euros ont été offerts aux capitalistes sous forme d’exonérations de cotisations sociales, de cadeaux fiscaux, d’aides aux entreprises, des milliers de milliards soustraits aux travailleurs par le blocage des salaires, l’inflation, la remise en cause des services publics, les attaques contre la Sécurité sociale et les retraites. Durant cette période, des milliers de milliards ont été offerts à la guerre et l’industrie militaire.

Cette politique, tous les gouvernements successifs y ont contribué, dans une absolue continuité. Que ceux de droite servent les capitalistes et la guerre, c’est dans l’ordre des choses. Que ceux de gauche le fassent, c’est contraire à ce pour quoi ces partis ont été jadis créés.

Le refus de rompre avec l’ordre capitaliste et ses politiques d’austérité, la veulerie devant les capitalistes et les militaires, voilà ce qui précipite le peuple dans la misère.

Il y a urgence à rompre avec cette politique de soumission aux capitalistes et à la guerre, urgence à mettre les richesses du pays au service du peuple travailleur, urgence à voir enfin un gouvernement des travailleurs mener une politique de rupture.

Il y a urgence à constituer et à renforcer un parti des travailleurs combattant pour un tel gouvernement.